Un calcul instructif, ou comment comptent Jesse James, Raymond Devos et Vincent Peillon

par sauverlesprepas

devos

M. Vincent Peillon, Ministre de l’éducation nationale, motive le décret qu’il envisage de prendre pour alourdir les services des professeurs de classes préparatoires, par la nécessité d’accroître la rémunération des professeurs enseignants en Z.E.P. L’idée est que, en alourdissant les services des premiers on dégagerait des crédits pour les seconds, puisque cet alourdissement aboutirait à une perte sèche sur les salaires des professeurs de classes préparatoires qui diminueraient, selon les statuts et l’ancienneté, de 10 à 20% au moins, sans que personne au ministère ne soit d’ailleurs capable de donner un chiffre fiable.

Alors, puisque derrière la générosité affichée (comme Jesse James volait les « riches » pour donner aux « pauvres »), se cache un calcul, calculons : on recense environ 6000 professeurs de classes préparatoires en France, et les calculs qui circulent, et dont Le Monde se faisait l’écho dans son édition du 28 novembre, parlent d’une perte sèche d’ « en moyenne, 4000 euros [annuels] pour les scientifiques. » On peut effectivement s’accorder sur ce chiffre et même l’étendre sans trop se tromper à l’ensemble des autres classes préparatoires, au moins pour avoir une idée de l’échelle de l’économie ainsi réalisée : 6000 x 4000 = 24 000 000 euros.

Ramenons maintenant ce chiffre au budget de l’éducation nationale (64 002 000 000 euros : budget de l’Etat, voté pour 2013) : cela fait 0,04 % ! Autant dire, « moins que rien » comme aurait dit Raymond Devos. Pour peu que ce moins que rien atterisse vraiment un jour dans les poches des professeurs de Z.E.P. ― ce qui serait sans précédent ―, on peut s’interroger sur le sens d’un tel calcul : de toute évidence il montre que la tactique du ministre cache une stratégie.

En commençant par frapper une cible facile à livrer en pature à l’opinion à partir de quelques aberrations bien montées en épingle ― auxquelles le Ministère pourrait mettre fin d’un trait de plume s’il le voulait vraiment, mais qui servent si bien son discours qu’il les cultive comme d’autres les comptes en Suisse ―, on effectue un test : y aura-t-il une réaction ample du corps professoral visé ? Trouvera-t-il un relais chez ses collègues du secondaire, ses anciens élèves, leurs parents, quelques institutions ? Trouvera-t-il un écho enfin dans l’opinion et les médias, et lequel ? Cette vieille tactique maoiste que la génération du ministre n’a pas dû totalement oublier, et que Claude Allègre avait déjà mise en oeuvre en son temps, vise de toute évidence à vérifier la faisabilité d’une opération à bien plus grande échelle que le recrutement bruyant et brouillon de 30 000 nouveaux professeurs, annoncé à grand renfort de campagnes médiatiques, cache mal. Il est clair que c’est l’ensemble du corps professoral (841 700 : chiffre du Ministère pour 2012-2013) qui est visé à terme, car l’argent dégagé en dépouillant les professeurs de classes préparatoires est trop ridiculement faible pour que quiconque puisse croire que le gouvernement en restera là, alors qu’il a tant besoin d’argent (à la fin de l’année 2013, le déficit de la France se rapprochera de 5000… milliards d’euros). Le mouvement des bonnets rouges bretons, aussi informe et ambigu soit-il, l’a bien compris : une fois les portiques en place… qui mettrait sa main à couper qu’ils ne serviront jamais à taxer autre chose que les transports routiers ? Et une fois les professeurs de classes préparatoires frappés au nom de la loi de Jesse James… qui mettrait sa main à couper que les autres ne seront jamais frappés… y compris ceux de Z.E.P ? Il se pourrait bien que, ce jour là, les professeurs, toutes catégories confondues, n’aient plus que les « trois fois rien » de Raymond Devos. Il est vrai que ce dernier rappelait que c’était déjà « quelque chose » : c’est ainsi que l’on doit compter au Ministère de l’Education nationale !

Michel FAUQUIER, professeur en khâgne au lycée La Perverie, Nantes

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